Renée-Paule Danthine et verriers

Peinture et verre

Du 10 janvier au 25 janvier 2026

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DIALOGUES ET OEUVRES AU NOIR

Quarante années séparent les deux ensembles d’œuvres, à voir à Lutry dès le 10 janvier. Le premier, de 1984, n’a jamais été montré en Suisse. Le deuxième a été élaboré ces deux dernières années. Deux périodes éloignées dans le temps, toutes deux marquées par le désarroi, l’angoisse ou la colère.

Ici l’artiste revient au papier, ce support fragile qu’elle affectionnait au début de sa carrière et les œuvres de 1984 en sont les témoins. Sur du papier que l’artiste a fabriqué elle-même, lavis et encre de Chine s’allient pour exprimer le paradoxe de ces dialogues qui n’en sont pas.

D’emblée, on peut dire que l’ensemble ne nous est pas étranger tant on y retrouve des éléments constitutifs du style que l’artiste développera tout au long de sa carrière. Cependant, la forme nous interpelle. Chaque œuvre est clairement scindée en deux. La parenté des deux parties est évidente mais la rupture aussi. Elles s’apparentent par les couleurs choisies, les aplats, les lignes, les signes, mais le message est brouillé. Des formes découpent l’espace et s’opposent de part et d’autre. Les lignes sont esquissées, dessinées, mais restent désespérément vides, elles sont colorées uniformément, se remplissent d’une écriture illisible ou inversée, volontairement raturée parfois.

L’écriture ne peut advenir, elle organise sa propre destruction. L’artiste, à ce moment de sa vie, se trouve à New York où elle traverse une période difficile. Elle se sent abandonnée par sa famille, ses amis qui ne répondent pas à ses lettres. La communication est rompue. C’est alors que sur le papier, elle inscrit son désarroi, son incompréhension, sa colère aussi.

Lorsqu’on aborde la deuxième série, on est d’abord interloqué. Ces gris, ce noir… Renée-Paule nous a habitués à un festival de couleurs, alors voilà une expérience étrange. Et puis, c’est l’émotion qui nous envahit au milieu de ces fins dégradés, du noir absolu au blanc en passant par tant de gris, que le papier japonais met en valeur.

Nous retrouvons le vocabulaire de l’artiste, les végétaux, herbes, graminées s’élancent. La verticalité est sauve, mais les ténèbres se sont immiscées, l’œuvre est transformée par l’angoisse. Comme une pause dans le mouvement, des fleurs blanches, noires, rouges se détachent. Sur l’encre noire, un rouge éclatant cisèle un motif. De petites silhouettes grises ou violettes, comme des apparitions, errent dans la nuit. L’une d’entre elles est saturée de mots, mais le message est illisible. L’incommunicabilité est patente, la solitude poignante, les personnages sont perdus dans l’obscurité.

M. Saint-Siffre